Sous-traitance · TVA

Autoliquidation de la TVA : facturer sans TVA en sous-traitance

Par l'équipe BTP Ecosystem · Mis à jour le 15 septembre 2026 · Chaque obligation citée renvoie à sa source — voir les 7 sources

Depuis 2014, un sous-traitant du bâtiment ne facture plus de TVA à l'entreprise principale : c'est elle qui la déclare. Le mécanisme est simple, mais l'oubli se paie des deux côtés — amende pour la mention manquante chez l'un, pénalité de 5 % chez l'autre.

Ce guide dit qui est concerné, ce qui ne l'est pas, la mention exacte à porter sur la facture, et la protection civile — caution ou délégation de paiement — que beaucoup de sous-traitants ignorent alors qu'elle conditionne la validité de leur contrat.

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L'essentiel en 30 secondes

Facture hors taxes

Le sous-traitant facture sans TVA et porte la mention d'autoliquidation. Il ne collecte rien.

Le preneur déclare

L'entreprise principale collecte et déduit la TVA sur sa propre déclaration : l'opération est neutre pour elle.

5 % en cas d'oubli

L'autoliquidation omise sur la déclaration coûte 5 % du montant déductible (art. 1788 A du CGI).

Caution obligatoire

En marché privé, le sous-traité est nul si l'entrepreneur ne fournit ni caution ni délégation de paiement.

Champ d'application

Qui est concerné, exactement

Trois conditions cumulatives. S'il en manque une, on revient à une facturation normale avec TVA.

  1. 1
    Il s'agit de travaux de construction sur un bien immobilier

    Le texte vise les travaux de construction, y compris de réparation, de nettoyage, d'entretien, de transformation et de démolition, effectués en relation avec un bien immobilier.

  2. 2
    Ils sont exécutés par un sous-traitant au sens de la loi de 1975

    Il faut un contrat de sous-traitance : l'entreprise principale confie à une autre l'exécution de tout ou partie d'un marché qu'elle a elle-même conclu. Une vente de fournitures ou une prestation autonome ne relève pas de la sous-traitance.

  3. 3
    Le preneur est assujetti à la TVA

    L'entreprise principale doit être assujettie. Si votre donneur d'ordre est un particulier, il n'y a pas de sous-traitance au sens du texte : vous facturez normalement avec TVA.

Le mécanisme s'applique à toute la chaîne : un sous-traitant de second rang facture sans TVA au sous-traitant de premier rang, qui autoliquide, exactement comme l'entreprise principale au-dessus de lui.

SituationAutoliquidation ?Pourquoi
Plaquiste sous-traitant d'une entreprise généraleOuiTravaux de construction confiés en sous-traitance à un preneur assujetti
Le même plaquiste facturant directement un particulierNonPas de contrat de sous-traitance : facturation avec TVA
Location de matériel sans opérateurNonCe n'est pas une prestation de travaux
Fabrication en atelier sans pose sur le chantierNonLivraison de biens, pas travaux immobiliers
Étude de structure confiée à un bureau d'étudesNonPrestation intellectuelle, hors champ des travaux
Sous-traitant de rang 2 facturant le sous-traitant de rang 1OuiLe mécanisme s'applique à toute la chaîne
Cas courants. Une situation limite — fourniture avec pose, nettoyage détaché de tout chantier — se tranche avec votre expert-comptable.

Sous-traitant en franchise en base

Un sous-traitant en franchise en base de TVA facture déjà sans taxe, sous la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI ». L'autoliquidation ne s'y ajoute pas : il n'y a pas de TVA à transférer au preneur.

Côté sous-traitant

Ce que doit porter votre facture

  • Le montant HT des travaux, sans aucune TVA collectée.
  • La mention justifiant l'absence de TVA : « Autoliquidation — article 283, 2 nonies du Code général des impôts ».
  • Toutes les mentions habituelles : numéro dans la séquence continue, date, identités complètes, SIREN et numéro de TVA intracommunautaire des deux parties.
  • La référence au contrat de sous-traitance, au marché principal et à l'adresse du chantier.
  • Les conditions de paiement, les pénalités de retard et l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 €.
  • Vos mentions d'assurance : responsabilité civile décennale, coordonnées de l'assureur, couverture géographique.

Ne facturez jamais « par prudence » avec de la TVA

Une TVA facturée à tort reste due au Trésor du seul fait de sa facturation, tandis que l'entreprise principale n'a pas le droit de la déduire. Vous créez donc une taxe que personne ne récupère, et il faudra émettre un avoir pour régulariser. Dans le doute, tranchez la qualification avant d'émettre, pas après.

Ce mécanisme place structurellement le sous-traitant en crédit de TVA : il déduit la taxe sur ses achats de matériaux et de carburant sans rien collecter en face. Ce crédit n'est pas perdu — il se reporte, et peut faire l'objet d'une demande de remboursement selon la périodicité de vos déclarations. Beaucoup d'entreprises le laissent dormir des mois par simple méconnaissance.

Côté preneur

Ce que doit faire l'entreprise principale

L'entreprise principale reçoit une facture hors taxes et doit autoliquider : elle déclare la TVA due sur ces travaux parmi ses opérations imposables, et la déduit dans le même mouvement au titre de sa TVA déductible. L'opération est neutre en trésorerie, mais elle doit apparaître — l'omettre n'est pas sans conséquence.

  • Déclarez la base hors taxes des travaux sous-traités parmi les autres opérations imposables de votre déclaration de TVA.
  • Déduisez la même taxe au titre de vos opérations déductibles, dans les conditions de droit commun.
  • Vérifiez que la facture du sous-traitant porte bien la mention d'autoliquidation : sans elle, la pièce est irrégulière.
  • Conservez le contrat de sous-traitance : c'est lui qui justifie la qualification en cas de contrôle.

La sanction de l'oubli

Lorsqu'un assujetti autorisé à déduire la taxe omet de faire figurer la TVA due sur sa déclaration, il encourt une pénalité égale à 5 % du montant déductible (article 1788 A du CGI). La TVA étant par ailleurs neutre, la pénalité est le seul coût — mais elle porte sur chaque opération omise.

Sanctions

Les sanctions, des deux côtés

ManquementQui est concernéSanction
Mention d'autoliquidation absente de la factureLe sous-traitantAmende prévue par l'article 1737 du CGI pour les manquements aux règles de facturation
TVA facturée à tort par le sous-traitantLes deuxTaxe due du seul fait de la facturation, et non déductible par le preneur ; régularisation par avoir
TVA non autoliquidée sur la déclarationL'entreprise principalePénalité de 5 % du montant déductible (article 1788 A du CGI), outre le rappel et les intérêts de retard
Absence de caution ou de délégation de paiementL'entrepreneur principalNullité du sous-traité, invocable par le sous-traitant (article 14 de la loi du 31 décembre 1975)
Le volet civil

L'autre moitié du sujet : être payé

L'autoliquidation règle la TVA. Elle ne règle pas l'impayé — et c'est là que les sous-traitants perdent réellement de l'argent.

Dans un marché privé, la loi du 31 décembre 1975 prévoit qu'à peine de nullité du sous-traité, les paiements dus par l'entrepreneur au sous-traitant sont garantis par une caution personnelle et solidaire obtenue auprès d'un établissement qualifié. L'entrepreneur peut s'en dispenser s'il délègue le maître de l'ouvrage au sous-traitant, à concurrence du montant des travaux exécutés.

  • Cette garantie n'est pas une option commerciale : son absence rend le sous-traité annulable, et c'est le sous-traitant qui peut s'en prévaloir.
  • L'obligation ne s'applique pas lorsque le montant du sous-traité est inférieur au seuil fixé par le texte — 600 €, montant susceptible d'être relevé par décret.
  • La caution doit être effective avant le démarrage : réclamer le document six mois plus tard, quand l'entreprise principale vacille, n'a plus la même portée.
  • Dans les marchés publics, c'est le paiement direct par le maître d'ouvrage qui joue ce rôle, au-delà du seuil applicable.

Le réflexe qui change tout

Avant le premier jour de chantier, demandez par écrit l'attestation de caution ou l'acte de délégation, ainsi que la copie de votre acceptation et de l'agrément de vos conditions de paiement par le maître d'ouvrage. Trois documents, un seul e-mail — et vous cessez d'être un créancier ordinaire si l'entreprise principale dépose son bilan.

Réforme 2026-2027

Autoliquidation et facturation électronique

Les opérations en autoliquidation entre entreprises établies en France entrent dans le champ de la facturation électronique obligatoire. La mention d'autoliquidation ne sera plus seulement une phrase en bas de page : elle devient une donnée structurée du fichier, portée par le code d'exonération prévu par la norme.

Concrètement, un sous-traitant qui produit aujourd'hui ses factures sur tableur devra passer à un format structuré — Factur-X, UBL ou CII — selon le calendrier applicable à son entreprise. La bonne nouvelle : un logiciel qui gère déjà correctement l'autoliquidation porte ce code sans rien vous demander.

Avec BTP Ecosystem

L'autoliquidation gérée comme un cas normal, pas comme une exception

  • Un chantier peut être marqué en sous-traitance : les factures sortent hors taxes, sans manipulation ligne à ligne.
  • La mention d'autoliquidation et sa référence au CGI sont portées automatiquement sur la facture.
  • Les situations de travaux en sous-traitance suivent le même régime que les factures ordinaires.
  • Le code d'exonération correspondant est porté dans le XML Factur-X, pas seulement dans le texte du PDF.
  • Le suivi par chantier distingue le chiffre d'affaires autoliquidé du chiffre d'affaires soumis à TVA, pour préparer la déclaration.
Questions fréquentes

Vos questions

Quelle mention faut-il écrire sur une facture en autoliquidation ?

Une mention explicite justifiant l'absence de TVA collectée, renvoyant au texte applicable : « Autoliquidation — article 283, 2 nonies du Code général des impôts ». La facture est établie hors taxes, et porte par ailleurs toutes les mentions obligatoires habituelles.

L'autoliquidation s'applique-t-elle si je travaille pour un particulier ?

Non. Le mécanisme suppose un contrat de sous-traitance et un preneur assujetti à la TVA. Si vous facturez directement un particulier, vous facturez avec TVA au taux applicable aux travaux — 5,5 %, 10 % ou 20 % selon leur nature et l'âge du logement.

La location de matériel est-elle concernée ?

Non, lorsqu'elle est fournie sans opérateur : ce n'est pas une prestation de travaux. De même, la fabrication en atelier sans pose sur le chantier relève de la livraison de biens, et les prestations intellectuelles — études, maîtrise d'œuvre — sont hors du champ des travaux de construction.

Comment l'entreprise principale déclare-t-elle la TVA autoliquidée ?

Elle déclare la base hors taxes des travaux sous-traités parmi ses opérations imposables, et déduit la même taxe au titre de sa TVA déductible. L'opération est neutre en trésorerie, mais elle doit figurer sur la déclaration : l'omission est sanctionnée par une pénalité de 5 % du montant déductible.

Que se passe-t-il si le sous-traitant facture quand même de la TVA ?

La taxe facturée à tort reste due au Trésor du seul fait de sa facturation, et l'entreprise principale ne peut pas la déduire. Il faut régulariser par un avoir faisant référence à la facture initiale, puis réémettre une facture hors taxes avec la mention d'autoliquidation.

Le sous-traitant se retrouve toujours en crédit de TVA : c'est normal ?

Oui, c'est la conséquence mécanique du dispositif : vous déduisez la TVA de vos achats sans rien collecter en face. Ce crédit se reporte et peut faire l'objet d'une demande de remboursement selon la périodicité de vos déclarations. Il ne faut pas le laisser s'accumuler : c'est de la trésorerie qui dort.

Mon donneur d'ordre doit-il me fournir une caution ?

En marché privé, oui : la loi du 31 décembre 1975 prévoit qu'à peine de nullité du sous-traité, les paiements dus au sous-traitant sont garantis par une caution personnelle et solidaire, sauf si l'entrepreneur délègue le maître de l'ouvrage à votre profit. L'obligation ne joue pas en dessous du seuil fixé par le texte. Réclamez l'attestation avant le démarrage du chantier.

Cette page est un repère professionnel, pas une consultation. Elle ne remplace ni votre expert-comptable, ni un avocat fiscaliste : pour un cas particulier — un montage, un litige, un contrôle — faites valider votre situation par un professionnel du chiffre ou du droit.

Sources

Sources officielles

Les obligations, seuils, taux et montants cités sur cette page ont été vérifiés le 15 septembre 2026 auprès des sources ci-dessous. En cas d'évolution, ce sont ces textes qui font foi — pas cette page.

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